Des espaces fraternels, des évènements culturels et des temps spirituels

Edito de Mgr Bruno Feillet

Un Carême en Covidie

Chères amies, chers amis,

Les temps que nous vivons sont difficiles et sans doute les plus rudes que nous avons vécus depuis la Seconde Guerre Mondiale. Faut-il y ajouter le temps du carême réputé être un temps de privation ? Avant de répondre à cette question, regardons une fois encore l’origine de notre carême et méditons la façon dont Jésus l’a traversé.

Juste après son baptême, Jésus est envoyé par l’Esprit-Saint au désert pour rencontrer le tentateur. Cette rencontre était indispensable. En effet, Adam et Eve l’avaient croisé dans leur parcours et cela avait causé leur chute. Le Fils de Dieu incarné devait affronter lui aussi le diable et remporter la victoire. L’enjeu est double : d’une part, en surmontant les tentations, il prouvait que le péché n’était pas une fatalité ; d’autre part, il fallait le faire avec les « armes » de notre humanité. Céder à la tentation ou utiliser les « super pouvoirs » de sa divinité pour se sortir des trois tentations aurait manifesté qu’être humain c’était être voué à l’échec et au péché.

Comment Jésus s’en sort-il ? Après 40 jours de jeûne, c’est-à-dire après un temps très long de privation, alors qu’il est en manque de nourriture et de relations humaines, voilà que le tentateur le sollicite sur trois terrains différents : dans son rapport à lui-même et en particulier à son corps mais aussi à sa relation au fils de Dieu incarné ; dans son rapport à Dieu ; dans son rapport aux autres. Les trois tentations visent à centrer Jésus sur lui-même. Sur son corps au dépend de son âme ou encore à utiliser ses ressources divines pour se sortir des limites de l’humanité (changer les pierres en pain) ; à convoquer Dieu à son service pour obliger les gens à croire en lui plutôt que de L’invoquer pour mieux Le servir ; à capter les pouvoirs de ce monde sur les hommes au prix d’un oubli de Dieu au profit du diable lui-même.

Pour remporter la victoire, Jésus va utiliser des « armes » très simples, très humaines : le jeûne, la prière et l’aumône. Chacune des trois va permettre à Jésus de se décentrer de son corps au profit de son âme, et de lui-même au profit de Dieu son Père et des autres. Ce sont des armes très simples, très accessibles que tous nous pouvons utiliser car il n’est pas nécessaire d’être très riche, très intelligent ou encore très puissant pour le faire.

Au pays de la Covidie, il nous a fallu, forcés et contraints dans les divers modes de confinement qui nous ont été imposés, revisiter notre rapport à nous-mêmes (à quoi tenons-nous vraiment ?), à Dieu (ma prière, ma spiritualité), aux autres (tentation du repli sur soi ou maintien des liens de solidarité). Le Carême est l’occasion pour notre liberté de reprendre la main et de décider ce que nous voulons vraiment pour notre âme et notre corps, pour notre relation à Dieu, pour notre relation aux autres.

+ Bruno Feillet

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