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Edito de Mgr Eric de Moulins Beaufort pour Noël – Lettre d’info du diocèse de Reims et des Ardennes décembre 2021

Enfin, nous y sommes. Dans quel état ? Dans quel état sanitaire, cette année encore, en vous écrivant je n’en sais rien. Dans quel état spirituel et ecclésial, après le rapport de la CIASE, les révélations qui ont suivi, la remise de charge de Mgr Aupetit et ses amitiés présentées comme des liaisons ? Tout cela est douloureux pour nous tous. Et pourtant, il est là et il vient. Il est là, le Seigneur Jésus, venu jusqu’à nous comme jadis dans la mangeoire de Bethléem, et il vient, à chacune et à chacun de nous, pour nous exprimer, parfois fortement, souvent humblement, la proximité de Dieu et son attente à notre égard.

Depuis le début de l’Avent, dans la nouvelle traduction du missel, nous professons, si nous utilisons le Symbole (c’est-à-dire le texte de la foi commune) rédigé par le concile de Nicée en 325 et complété par celui de Constantinople en 381, qu’il est « consubstantiel au Père ». Ce mot n’est pas biblique. Les évêques réunis au concile de Nicée l’ont pris dans la langue grecque pour exprimer le cœur de la foi chrétienne : en vérité, Dieu se fait homme, nul moins que Dieu. Certes, le Fils n’est pas le Père, mais il est Dieu tout autant que le Père, en rien différent de lui sinon que le Père engendre et que le Fils est engendré, l’un se donne, l’autre se reçoit et se donne aussi mais en retour, en action de grâce. Retenons cela : nul moins que Dieu vient pour notre salut.

Mais « consubstantiel » a été employé ensuite pour dire l’autre pan de notre foi : Jésus est « consubstantiel à notre humanité par sa mère ». Il est homme totalement, avec son corps et son âme, héritier d’une longue histoire comme chacune de nous, pour lui, celle d’Israël, qui l’insère dans l’humanité totale, homme avec sa sensibilité, son intelligence, sa manière bien à lui d’être et de parler et de se comporter, avec ses habiletés manuelles et ses maladresses. Il l’est comme nous tous qui sommes tous « consubstantiels » les uns aux autres et il l’est par sa mère, comme nous tous, mais lui en un sens différent, nouveau : comme Marie est conçue sans le péché originel, elle peut transmettre l’humanité ouverte à tous et chacun des êtres humains et non pas en état de méfiance les uns à l’égard des autres. Elle lui transmet l’humanité par toute sa charité, toute sa capacité de consentement à elle, et non avec les restrictions que, consciemment ou non, nous y mettons.

Alors, frères et sœurs, chères amies et chers amis, regardons-le, l’Enfant de Bethléem. Il est uni à nous de manière indéfectible : il n’a pas honte, dit l’épître aux Hébreux, d’être appelé « notre frère », même pas honte aujourd’hui. Il nous unit au Père dans un lien d’unité et d’intimité que nous ne pouvons que pressentir. Notre histoire terrestre est souvent bousculée, insatisfaisante, imparfaite. Mais lui est avec nous, pour toujours et jour après jour, L’Emmanuel. Il ne l’est pas seulement par ses sentiments, il a voulu l’être par sa chair et toute sa substance même, autant uni à nous qu’uni au Père.

Saint et joyeux Noël !

+Eric de Moulins-Beaufort, Archevêque de Reims

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